La république juive de Staline
EAN13
9782213633404
ISBN
978-2-213-63340-4
Éditeur
Fayard
Date de publication
Collection
DOCUMENTS
Nombre de pages
365
Dimensions
21 x 13 x 2 cm
Poids
506 g
Langue
français
Code dewey
947.0842089924
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La république juive de Staline

De

Fayard

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Couverture : Atelier Christophe Billoret
© Roger Viollet
photo auteur © Hannah Assouline

© Librairie Arthème Fayard, 2013.

ISBN : 978-2-213-67940-2

Du même auteur

Les Médias russes, La Documentation française, 1996.

Quand les médias russes ont pris la parole, L'Harmattan, 1997.

Chienne de guerre, Fayard, 2000, prix Albert-Londres, Le Livre de Poche, 2001.

Algérienne, de Louisette Ighilahriz, récit recueilli par Anne Nivat, Fayard/Calmann-Lévy, 2001.

La Maison haute, Fayard, 2002, Le Livre de Poche, 2004.

La Guerre qui n'aura pas eu lieu, Fayard, 2004.

Lendemains de guerre en Afghanistan et en Irak, Fayard, 2004, Le Livre de Poche, 2007.

Par les monts et les plaines d'Asie centrale, Fayard, 2006.

Islamistes, comment ils nous voient, Fayard, 2006, Le Livre de Poche, 2010.

Bagdad, zone rouge, Fayard, 2008.

Les Brouillards de la guerre, Fayard, 2011.

En collaboration avec :

Jean-Jacques Bourdin, À l'écoute, Anne Carrière, 2007.

Daphné Collignon, Correspondante de guerre, Soleil Productions, 2009.

Il fallait considérer uniquement le sort commun, le but, et le but à l'époque était le Birobidjan. Déraciner les Juifs et les installer dans les plaines du Birobidjan, c'est ce à quoi tendait toute son âme. Lorsqu'il parlait avec les jeunes, il leur promettait une vie saine, normale, une vie dans laquelle il y aurait de la joie et de l'utilité pour la société. De nombreux jeunes s'enivrèrent de ses discours, abandonnèrent leurs parents âgés et mirent le cap vers l'inconnu.Ernest, héros de L'Amour soudain, de Aharon Appelfeld.

Nous n'avons pas besoin de Juifs dans notre Ukraine...

Ils auraient mieux fait d'aller au Birobidjan...Propos de Nikita Khrouchtchev en 1943, cités parAlexandre Soljénitsyne dans Deux siècles ensemble.

Merci à :
Rachel Kamelgarn, pour ses recherches dans les archives de la Naïe Presse à Paris et son infatigable curiosité à l'égard du Birobidjan, qui ont scellé notre ineffable amitié.
Misha Reznik, son épouse, ses parents et tous leurs amis, pour leur hospitalité. L'esprit vif de Misha n'a pas cessé d'être un défi.
Lioudmila Bystrova pour son énergie et sa camaraderie ; Marina, du Filarmonia, pour ses confidences ; Elena du Vostok pour sa simplicité.
Mordeshaï Shainer et son épouse, qui m'ont ouvert grand leur porte. Avec eux j'ai beaucoup partagé sur ce drôle de « confetti ».
Valérie Zenatti et ses parents, pour leur hospitalité et leur compréhension de mon projet.
Michal Govrin et Ytzhak Brudny pour leur chaleureux accueil dans la Ville Blanche ; Ioulia Brener pour sa disponibilité et les clés de son appartement, grâce à l'entremise de son père, Iossif.
Hannah Assouline, pour ses contacts en Israël.
Benoît Rayski, pour son écoute de toujours.
Grigori Pasko, pour ses contacts russes en Chine.
Claude Durand, mon « avaleur » de copie, aux réactions immédiates et toujours constructives.
Hélène Guillaume, pour rien au monde je ne me passerais de ses conseils.
Mon père qui, à sa façon, m'a beaucoup aidée. J'ai aimé ce dialogue.images

Prologue

Par la voix de ses prophètes et depuis le temps de ses rois, Israël se veut une nation « élue ». Mais, depuis la prise de Jérusalem par les armées de Titus et la destruction du second temple de Salomon, le peuple juif a dû quitter la Palestine et errer au sein d'une diaspora qui lui semble consubstantielle. Le sionisme, né à la fin du xixe siècle, a porté le rêve de la reconstruction de l'État juif : ce fut le retour en Terre promise des ancêtres légendaires, puis la fondation de l'État hébreu.

Dès 1917, la Russie révolutionnaire s'est, elle aussi, voulue une nation « élue », porteuse d'un message universel : la Révolution par l'union des prolétaires du monde entier. La Fédération des Soviets regroupait des entités nationales comme les Russes, les Ukrainiens, les Biélorusses, les Turkmènes, les Ouzbeks, etc. Depuis longtemps, des représentants du peuple juif avaient vécu au sein de l'Empire tsariste : ceux qui peuplaient les territoires rattachés à l'Empire après le démantèlement de la Pologne en 1772 avaient été intégrés. Contenus par la « ligne de sédentarisation », les juifs ne pouvaient s'établir où ils voulaient à l'intérieur de la Russie. Seuls quelques hauts fonctionnaires juifs avaient le droit de s'installer dans les capitales ; une stricte règle de quotas était par ailleurs en vigueur dans toutes les universités. Le tsar Alexandre II finit par lever l'interdit pour les marchands, artisans, ingénieurs et autres « spécialistes » et les limitations instaurées par la loi tombaient dès que les juifs se convertissaient au christianisme (pas seulement orthodoxe). L'antisémitisme apparaissait ainsi (en théorie), dans la Russie impériale, comme de nature religieuse plutôt que racialiste.

En 1881, après l'assassinat d'Alexandre II, débutèrent des pogroms qui marquèrent les débuts de la première alya. L'échec de la révolution russe de 1905 provoqua une deuxième vague d'émigration : de nombreux juifs socialistes partirent réaliser leur rêve en Palestine. La troisième alya se déploya après la révolution de 1917 et pendant les années de guerre civile, d'autant plus que la création de la nouvelle Palestine était encouragée par le pouvoir soviétique ; celui-ci autorisa l'émigration alors que la pratique de l'hébreu était toujours prohibée au sein de l'Union des républiques socialistes soviétiques. La République des Soviets produisit un grand nombre de dirigeants juifs : des membres du Politburo ayant adopté un nom de guerre russe étaient juifs. Beaucoup de jeunes juifs eurent naturellement tendance à embrasser la cause révolutionnaire, soit du côté des socialistes révolutionnaires, soit dans le camp social-démocrate. La Révolution contribua à modifier quelque peu le statut des juifs, mais ce peuple restait le seul à ne pas posséder de territoire portant son nom, à l'exemple de ceux instaurés par la politique des nationalités de Lénine.

D'où l'idée et la décision – pour le moins chargée d'utopie – de créer en Union soviétique un territoire juif porteur du nom juif, qui rivalisait avec l'idée sioniste, alors même qu'Israël n'existait pas encore.

Cette décision, et le fait que cette région porte encore aujourd'hui la même appellation, montrent l'aura dont est entouré ce territoire sibérien, et qui excède largement l'importance réelle (démographique, culturelle, politique) de ce morceau de taïga sibérienne. La Russie – la « nouvelle Galilée », comme l'a baptisée le poète Tiouchtchev – recèle ainsi en son sein un morceau de l'« autre Galilée », celle du sol légendaire de l'actuel Israël. Voilà pourquoi l'histoire de ce confetti « juif », cocassement exporté à l'autre bout du continent eurasiatique, dépasse celle d'un simple canton reculé de province.

Situé à 8 000 kilomètres de Moscou (sept heures et demie d'avion) et à 180 kilomètres de Khabarovsk, la plus proche grande ville d'Extrême-Orient, le Birobidjan couvre un territoire de 36 000 kilomètres carrés, soit à peu près la même superficie que la Belgique. Un peu plus de 200 000 citoyens de la Fédération de Russie y résident.

Parmi eux, les juifs sont les descendants de ceux qui participèrent à la première aventure sioniste du xxe siècle : une poignée d'irréductibles, ultimes résistants à l'appel à l'alya. Leurs parents étaient ces pionniers qui, en 1928, osèrent se lancer volontairement à l'aventure dans ces hostiles marécages extrême-orientaux pour y contrer les ambitions sino-japonaises et satisfaire celles de Staline (en aucun cas il ne s'est agi d'une déportation). Les tout premiers furent envoyés à une cinquantaine de kilomètres au sud-ouest de Tikhonkaïa (la Paisible), station ferroviaire du Transsibérien, laquelle devint Birobidjan, la capitale. Cette première entité agricole reçut le nom yiddish de Birofeld.

Le 28 mars 1928, le praesidium du Comité exécutif central de l'URSS alloue la région formée par les terres comprises entre les rivières Bira et Bidjan à l'établissement d'une unité territoriale destinée à une implantation juive. Le projet se développe sous la supervision personnelle de Mikhaïl Kalinine, président du Comité exécutif central. Deux structures ad hoc sont chargées de veiller sur la colonisation...
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