Carnets de voyage d'un botaniste
EAN13
9782213671710
ISBN
978-2-213-67171-0
Éditeur
Fayard
Date de publication
Collection
DOCUMENTS
Nombre de pages
320
Dimensions
21 x 13 x 0 cm
Poids
267 g
Langue
français
Fiches UNIMARC
S'identifier

Carnets de voyage d'un botaniste

De

Contributions de

Fayard

Documents

Offres

Couverture Atelier Didier Thimonier
Frangipaniers et cocotiers sur la plage, îles Fidji.

© Tobias Bernhard/Getty Images

© Librairie Arthème Fayard, 2013

ISBN : 978-2-213-67534-3

avec la collaboration de Franck Steffan

Pour Claudine, amoureuse de la nature,
des voyages et des plantes, qui m'a inspiré ce livre.
Pour Roger Klaine, ami et compagnon de toujours,
avec qui j'ai partagé le meilleur de notre aventure commune
à l'Institut européen d'écologie de Metz.

L'étude de la nature nous détache de nous-mêmes et nous élève à son auteur. C'est en ce sens qu'on devient vraiment philosophe. C'est ainsi que l'histoire naturelle et la botanique ont un usage pour la sagesse et la vertu.Jean-Jacques Rousseau

prologue

Petit, j'adorais les récits de voyage, surtout quand l'aventure était au rendez-vous. Du mythique Sinbad le Marin au capitaine Cook, de Robinson aux héros de Jules Verne, tous me faisaient rêver.

J'ai pas mal voyagé, peut-être pas autant que je l'aurais souhaité, étant retenu à Metz par un mandat municipal. J'ai néanmoins connu nombre de missions et des vacances studieuses au loin, sous les tropiques.

J'aime à raconter des histoires. Cet ouvrage en contient beaucoup dont nombre d'histoires de plantes. J'ai tenté de donner autant que possible la parole à certaines qui ne sont point trop étrangères au grand public. Les médicinales occupent aussi une large place. Avec elles, il y a bien sûr les guérisseurs, et même les sorciers...

Mon dernier voyage est un voyage intérieur ; j'entends par là un voyage à l'intérieur de ma petite patrie, le pays « des trois frontières », en Moselle. Le visiteur y découvre un patrimoine naturel et culturel peu commun et peu connu. Tous ont entendu parler de Schengen, mais rares ceux qui peuvent situer sur la carte ce petit village luxembourgeois qui a donné son nom à l'un des plus importants traités européens.

En route, donc, d'Ispahan à Bagdad, de Kaboul au pays vaudou, de l'île de Velassaru à celle de El Hierro, pour nous évader un temps de la morosité ambiante qui appelle une grande bouffée d'air.Première partie

LE MOYEN-ORIENT D'AVANT LES GUERRES1

Les platanes d'Istanbul

Mon premier voyage hors d'Europe me conduisit en 1963 à sillonner le Proche et le Moyen-Orient. Mon ami Lucien Stenger, chanoine à la cathédrale de Metz, avait reçu mission de visiter les communautés des Églises d'Orient rattachées à Rome, et me proposa de l'accompagner. Je ne me le fis pas dire deux fois. Nous embarquâmes donc pour un périple en Citroën DS de plus de 10 000 kilomètres.

Nous quittâmes Metz le 14 juillet et traversâmes sans encombre l'Europe centrale, puis les Balkans pour une première et assez longue escale à Istanbul. À l'époque, la Bulgarie qu'il nous fallait traverser était encore un pays de l'Est. Je découvris, en l'abordant par la Yougoslavie, ce fameux « rideau de fer » dont on parlait tant et que je n'avais jamais vu. Quoique soumise à un régime communiste, la Yougoslavie de Tito, elle, n'avait pas rallié le camp soviétique. C'est donc en quittant ce pays au poste de douane de Dimitrovgrad que nous dûmes exhiber passeports et visas pour des formalités qui durèrent plus de deux heures.

Tirés par des chevaux, des charrettes et des tombereaux exhibant fanions ou drapeaux rouges brinquebalaient sur une mauvaise chaussée. J'avais imaginé traverser des champs de roses, la Bulgarie étant réputée grande productrice d'essences florales. Mais il eût fallu, pour cela, nous dérouter afin de traverser, au nord de Plovdiv, les fameux champs de la vallée des Roses. Le temps nous manquait : nous étions attendus le lendemain à Istanbul. Nous nous offrîmes néanmoins deux petits flacons d'essence de rose.

À Sofia, nous avions retenu nos chambres dans un hôtel du plus pur style soviétique, gigantesque édifice, aussi laid que banal, à l'architecture inspirée de la célèbre université de Moscou. L'étoile rouge qui le coiffait signait son appartenance. L'accueil fut à l'unisson du bâtiment. Après avoir fait la queue, nous nous entendîmes dire qu'aucune chambre n'avait été réservée à nos noms. Première déception. Puis nous nous entendîmes préciser qu'il était pratiquement impossible de trouver un hôtel à Sofia à une heure aussi tardive. Nous décidâmes donc de poursuivre notre voyage de nuit jusqu'à Istanbul.

La Turquie, ses Ombellifères et ses orthodoxes

Il était 4 heures du matin lorsque nous parvînmes à Svilengrad, poste-frontière avec la Turquie. Re-passage du rideau de fer, mais dans l'autre sens, cette fois. Le dépaysement fut immédiat : arrivant à Edirne, l'ancienne Andrinople, nous découvrîmes, se détachant sur les pâles lueurs de l'aube, une mosquée dont les minarets se dressaient dans un ciel laiteux qu'un croissant de lune éclairait encore à l'est. Vision saisissante de notre entrée en terre d'islam. Le chant du muezzin nous dépaysa davantage encore. La porte de la mosquée, entrebâillée, laissait passer un rai de lumière. Nous fîmes halte et nous dirigeâmes discrètement vers le bâtiment harmonieux, typiquement oriental, et découvrîmes l'aula intérieure recouverte d'épais tapis.

Dans la nuit finissante, cette mosquée avait un je ne sais quoi d'accueillant et de chaleureux. Cette impression particulière, j'allais la ressentir tout au long de notre voyage : comme un profond apaisement à marcher pieds nus sur la laine des tapis, dans le silence du petit matin, en un lieu de culte à la fois hospitalier et recueilli.

Notre itinéraire devant se poursuivre jusqu'à la mer de Marmara, nous décidâmes, fatigués, de dormir un peu sur le littoral. S'y pressaient de vastes populations de ce que nous nommons, dans les Alpes, le « chardon bleu ». Mais celui-ci était d'un bleu si intense qu'il eût fait bonne figure dans un bouquet de plantes sèches. La découverte de cette plante qui, en vérité, n'est pas un chardon, mais une Ombellifère, me remit en mémoire que la Turquie est un paradis pour les espèces de cette famille. Ce sur quoi je m'assoupis, mais fus promptement réveillé par le passage de l'Orient-Express dont la voie unique longeait la route, son convoi ne comportant que deux wagons. À l'époque, l'Orient-Express reliait encore Paris à Istanbul, avant de réduire progressivement son parcours pour ne plus faire que Paris-Venise à bord des wagons de style Belle Époque de la célèbre Compagnie internationale des wagons-lits et des grands express européens.

Notre petit somme entre Dardanelles et Bosphore nous ayant revigorés, nous atteignîmes Istanbul en fin de matinée. Lucien avait retenu pour nous des hébergements dans les communautés de lazaristes, ces religieux et religieuses de Saint-Vincent-de-Paul présents dans tout le Proche et Moyen-Orient. C'est donc chez eux que nous logeâmes.

Sur la route de l'aéroport, des platanes attirèrent mon attention. Leurs feuilles étaient plus divisées que celles des nôtres, et leur écorce desquamait en longues plaques, non en fragments arrondis. Mais c'est par leurs fruits que les platanes d'Istanbul se singularisent davantage. Chacun est un petit akène sec et poilu ; ensemble ils se regroupent en sortes de sphères pendant des branches comme les boules d'un sapin de Noël. Ces boules sont à leur tour assemblées par groupes de trois à six, alors que nos platanes ne les associent que rarement et pendent tantôt en solitaires, tantôt par deux. Bref, je découvrais là un autre platane à feuilles plus découpées, à boules fructifères regroupées, dont l'écorce ne desquamait pas en plaques arrondies.

Je n'ignorais pas que l'Europe possède deux platanes : l'oriental, celui des Balkans et d'Istanbul, et l'hybride, le nôtre, celui d'Europe occidentale. Mais, pour faire un hybride, encore faut-il être deux. Quel était donc le partenaire de notre platane ?

Ce partenaire a été identifié comme étant le platane d'Amérique. Par symétrie avec celui d'Orient, il a été baptisé « platane d'Occident » : Platanus occidentalis. On le rencontre exclusivement en Amérique du Nord, du Mexique au Canada. De taille majestueuse, pouvant dépasser les 50 mètres, il compte parmi les essences feuillues les plus puissantes du Nouveau Monde. C'est avec ce platane américain naturalisé en Europe que le platane d'Orient s...
S'identifier pour envoyer des commentaires.

Autres contributions de...

Plus d'informations sur Jean-Marie Pelt
Plus d'informations sur Franck Steffan