Le Cercle littéraire des amateurs d'épluchures de patates, roman

Le Cercle littéraire des amateurs d'épluchures de patates, roman

Mary Ann Shaffer, Annie Barrows

NIL éditions

  • 3 mai 2010

    L’histoire se déroule dans l’immédiat après-guerre. Londres se relève à peine des bombardements. Dans cette atmosphère bouleversée, Juliet, une jeune femme écrivain, cherche un sujet pour un prochain roman. C’est le hasard qui va se charger de lui donner une idée. Elle reçoit, en effet, la lettre d’un inconnu qui habite Guernesey et qui a acheté un livre ayant appartenu à Juliet. Ce goût partagé pour un même auteur va les inciter à quelques échanges épistolaires. Juliet, curieuse, veut en savoir plus sur ce Cercle littéraire dont lui a parlé Dawsey Adams dans ses lettres. Très vite, il lui parait évident qu’elle doit se rendre sur l’île pour faire la connaissance des différents protagonistes de l’affaire…
    Ce roman n’est constitué que de lettres échangées entre les différents personnage. C’est parfois un peu répétitif et lassant mais c’est là le seul réel défaut de ce livre. Pour le reste, Le cercle littéraire des amateurs d’épluchures de patates est une histoire en apparence légère mais qui prend de plus en plus de relief et de profondeur au fil de la lecture. Juliet incarne la femme libérée par ce conflit mondial qui a bouleversé les places des uns et des autres dans la société et c’est sans doute la raison pour laquelle elle se sent si proche d’Elizabeth, l’initiatrice du Cercle, la grande absente de cette histoire et pourtant l’axe central autour duquel gravitent encore tous les protagonistes. Les livres comme salut ultime, l’amour sans préjugés, l’enfance libre, la solidarité et l’échange, l’excentricité comme mode de vie… Tous ces thèmes traversent le livre et lui donnent son épaisseur. Et quand enfin on arrive au bout de l’histoire, c’est avec une sorte de nostalgie qu’on referme la dernière page sur ce petit fragment d’île…


  • 24 janvier 2010

    Quand Jane Austen ou Shakespeare font de la résistance!

    Roman par lettres de Mary-Ann Shaffer et d'Annie Barrows.

    Janvier 1946. Londres et toute l'Angleterre se relèvent péniblement de la guerre. Juliet, une jeune auteure qui s'est fait une renommée sous le nom d'Izzy Bickerstaff, parcourt le pays pour présenter le recueil des articles qu'elle a publiés pendant la guerre. Elle est épuisée et traverse une crise d'inspiration. Quand elle reçoit une lettre de Dawsey Adams, de l'île de Guernesey, membre du Cercle des amateurs de littérature et de tourte aux épluchures de patates, qui lui demande des ouvrages du poète Charles Lamb, elle découvre l'occupation dont ont été victimes les îles anglo-normandes et décide de creuser le sujet. Le Times lui ayant commandé trois articles sur les valeurs et les vertus de la lecture, le Cercle littéraire de Guernesey va lui donner matière à écrire. Elle découvre comment ce cercle a vu le jour pour couvrir une enfreinte au rationnement et au couvre-feu, comment Elizabeth la gouvernante de Sir Ambrose, Dawsey, Isola la guérisseuse, Eben le pêcheur, Will Thisbee le chiffonnier ont trouvé réconfort dans les livres aux plus cruelles heures de l'histoire de Guernesey, et comment la communauté a fait montre d'une loyauté sans faille envers ses membres, surtout les plus faibles.

    Roman épistolaire ou correspondance? La différence n'est pas minime. Au fil des lettres, j'ai oublié qu'il s'agissait d'une oeuvre de fiction pour n'entendre que le témoignage des Guernesays et leur expérience de l'occupation allemande dans l'île. J'ai découvert le statut particulier des îles anglo-normandes au sein du royaume britannique et pendant la seconde guerre mondiale. Londres a connu le Blitz et Paris l'occupation. Guernesey a connu les deux. Au détour d'une lettre, le texte se révèle extrêmement documenté et précis. La géographie de l'île et ses dix paroisses servent la dimension dramatique du récit.

    Entre les lettres, les télégrammes, les articles et les notes personnelles de chacun, le texte présente de nombreux visages. Chaque interlocuteur a un petit bien particulier, une petite touche personnelle qui vaut pour signature. Il n'y a, heureusement, pas l'artificialité propre aux romans épistolaires du XVIII° et XIX° siècles. D'une missive à l'autre, l'intrigue continue en assumant ses lacunes et ses ellipses, sans afficher la prétention de tout dire et de tout révéler.

    Quand les soeurs Brontë, Jane Austen, Yeats, Sénèque, Marc Aurèle, Wordsworth ou Shakespeare font de la résistance, ça donne un récit riche et touchant, très humain. Le texte est certes un roman, mais il présente avec délicatesse et finesse un pan d'histoire tragique, sans pour cela tomber dans le pathos dégoulinant. Et pourtant, il y a une somme d'épisodes douloureux causés par la guerre: les enfants insulaires envoyés dans la capitale, loin de leurs parents, pour les soustraire à l'occupation allemande, sans savoir s'ils ne périront pas sous les bombes de l'envahisseur; la déportation de deux Gernesays, l'un à Belsen et qui le peut le raconter, et l'autre à Ravensbrück et qui laisse une orpheline. Mais dans tout conflit, on ne peut pas séparer les bons et les mauvais par uneune ligne trop droite, il y a toujours des dérapages et des miracles. Et il n'y a que ceux qui l'ont vécu qui peuvent le dire et en témoigner: "Et voilà que des Britanniques snobinards se mettent à confondre humanité et collaboration." (p. 305)

    Ce roman est superbe, je l'ai dévoré en quelques heures sous une polaire bien chaude. Il m'a fait rire, renifler, réfléchir. Exactement ce que je demande à tout bon texte. Quand à la tourte aux épluchures de patates, je n'ai pas osé tenter la recette, mais la voici pour les téméraires: "Purée de patates pour le fourrage, betteraves rouges pour sucrer et épluchures de patates pour le craquant." (p. 78) Succin n'est-ce pas?, rationnement oblige! Si quelqu'un tente la recette, je veux bien savoir si c'est mangeable... En attendant une quelconque remontée après une tentative culinaire loufoque, je conseille le texte aux amateurs de belles histoires et aux férus d'Histoire.


  • 22 janvier 2010

    Moment de lecture très agréable : fraîcheur, humour, gravité, personnages fantaisistes et très attachants. Intrigue un peu mince mais des réflexions sur la lecture ainsi que des informations inattendues sur l'occupation allemande.


  • 4 septembre 2009

    UN PETIT BIJOU

    « Le cercle des amateurs d'épluchures de patates", drôle de nom qui fait penser aux premiers abords à un livre de cuisine pour les temps durs ou de disette. Un livre de recettes en tant de crise ? Non, vous n’y êtes pas. Derrière ce titre orignal, on découvre un vrai petit bijou distrayant, gai et charmant…On le lit comme on boit du petit lait en délectant et en savourant. Derrière cette plume si vive se cachait une dame d’un âge respectable, une ancienne bibliothécaire et libraire. J’en parle au passé car Mary Ann Shaffer est décédée avant la naissance officielle de cet enfant. Quand je me remémore cette lecture de mai, mon esprit pétille, s’étincelle de mille petits feux.

    Début mai :
    Bonjour Anna,
    Je pensais justement à vous depuis jeudi dernier.
    Jour où je me suis rendue au centre ville pour entendre entre autre le médecin m’annoncer que j’avais des rhumatismes aux mains. Passons ce bref épisode. Son cabinet étant tout proche de ma librairie et n’ayant plus qu’un seul livre sur ma table de chevet, l’occasion était idéale pour aller me ravitailler de nourritures substantielles.

    Perdue dans mes pensées à savourer par avance le plaisir de choisir des livres, un bus dont l’affiche mentionnait « Sortie le 6 mai : je l’aimais », m’a gentiment laissé passer ( fait rare).
    Le titre m’étant connu, en moins de deux, j’ai fait le rapprochement : un de vos livres adapté au cinéma !

    Toute contente de me rendre le week-end prochain au cinéma, je vais voir ma libraire Karine. Elle est formidable ! Elle connaît mes goûts, me demande les dernières lectures que j’ai aimé ou moins, nous parlons de style, d’émotions…. Tout ce qui fait que j’aime un livre. Elle me dit « j’ai pensé à vous en terminant un livre ».

    La voilà partie chercher mon futur objet d’heures de plaisirs. Elle revient en me tendant « Le cercle littéraire des amateurs d’épluchures de patates » où figure inscrit « Absolument délicieux- Anna Gavalda ».
    J’ai rigolé et nous avons passé la ½ heure suivante à parler littérature car elle sait que vous êtes mon auteur préféré….

    Et vous avez raison, ce livre est un régal ! Depuis vendredi, je côtoie tous ces gens, je partage leur vécu et j’ai l’impression d’être près d’eux pendant la guerre et de les comprendre.

    Je vous fais confiance pour le livre que vous m’avez conseillé de lire. C’est la première fois qu’un auteur me fait cet honneur ! Vous me considérez donc comme une personne qui aime les mots, les émotions divulguées au détour d’une page, une lectrice qui a des jugements et qui aime discuter des livres. Vous ne me prenez pas de haut, une fois de plus, non, bien au contraire et cela me touche.
    Dès demain, j’irais de retour voir Karine…